La ville de Poitiers est située sur le Seuil du Poitou, passage peu élevé entre le Massif armoricain à l'ouest et le Massif central à l'est. Il s'agit donc d'une voie de passage facile entre le Bassin parisien et le Bassin aquitain, à 340 km au sud-ouest de Paris, 180 km de Nantes et à 220 km de Bordeaux. Au site favorable s'ajoute donc une position privilégiée sur une route commerciale et militaire.
Le site de Poitiers est un vaste promontoire en spatule enserré entre les vallées de la Boivre et du Clain, qu'il domine d'une cinquantaine de mètres de haut. Ce promontoire est relié au plateau par un pédoncule étroit, au lieu-dit la Tranchée. Il tire son nom du fossé creusé pour couper ce passage et isoler ainsi Poitiers du pays environnant. Le premier creusement daterait de l’oppidum gaulois, et il fut maintenu jusqu'au XVIIIe siècle. L'aspect défensif du site est donc prépondérant, mais son intérêt provient également d'une vaste superficie (2,3 km sur 1,3 km, soit 250 ha) très facilement défendable, jusqu'à l'invention de l'artillerie du moins. Ces deux caractères, étendue et facilité de la défense, ont fait que le site de la ville n'a pas été déplacé à l'époque romaine, comme cela est souvent arrivé (Alésia, Lutèce). Ce vaste espace permettait en outre de faire pâturer les troupeaux à l'abri, puis à partir du Moyen Âge, d'aménager des jardins potagers et des vignes.
Les rivières étaient franchies sur des gués entretenus, sur les sites des actuels pont Joubert et pont Saint-Cyprien. En cas de siège, ils étaient démolis.
Actuellement, la ville de Poitiers s'étend sur le plateau de part et d'autre des vallées, notamment en direction de l'est (campus universitaire, centre hospitalier, zones commerciales et d'habitation) et du Nord (technopole du Futuroscope).
Histoire:
Poitiers a laissé son nom à trois grandes batailles :
1. La première Bataille de Poitiers 507 est la moins connue. Elle fut remportée par Clovis Ier sur Alaric II roi des Wisigoths (au lieu appelé Campus Vogladensis) au nord de Poitiers. 2. La bataille de Poitiers en 732 avec la victoire des Francs dirigés par Charles Martel sur les troupes Maures et leurs alliés; 3. La bataille de 1356, qui eut lieu à Nouaillé-Maupertuis près de Poitiers, avec la victoire des Anglais commandés par le Prince Noir contre les Français du roi Jean le Bon.
L'Antiquité:
La ville existait déjà à l'arrivée de César, sous la forme d'un oppidum celte nommé Lemonum, terme qui serait issu du gaulois « Lemo- » Orme. La cité prit ensuite le nom définitif de Poitiers, en rapport avec le peuple des Pictons. Les Romains l'aménagèrent au Ier siècle de notre ère, la dotant d'arènes, de plusieurs thermes, d'aqueducs, le tout donnant un statut de premier plan à la ville.
Il est probable qu'au second siècle de notre ère, la ville fut la capitale de la province d'Aquitaine.
À la fin du IIIe siècle, une épaisse muraille construite à la hâte ceint la ville, qui est réduite au sommet du promontoire.
Saint Hilaire évangélise la ville au IVe siècle. Les fondations du baptistère Saint-Jean datent de cette époque.
Le Moyen Âge :
À l'époque médiévale, Poitiers tire parti de son site défensif, et de sa situation géographique, loin du centre du pouvoir franc. Siège d'un évêché depuis le IVe siècle, la ville est également la capitale du comté du Poitou, dont les comtes dirigent une importante principauté regroupant le Poitou et l'Aquitaine.
Au IXe siècle, le nom de Grand-rue apparait dans les chartes. C'est la plus ancienne trace d'un nom de rue conservée en Europe. Cette rue correspond à la ligne de plus faible pente, et donc la moins fatigante, pour monter du gué (actuel pont) Saint-Joubert au plateau, et elle est un itinéraire remontant à l'Âge du Fer. Grossièrement orienté est-ouest, il servit d'axe decuman au quadrillage orthogonal des rues à l'époque romaine. C'est également au IXe siècle que l'abbé Mellebaude fait construire l'hypogée des Dunes.
Aliénor d'Aquitaine fit construire une nouvelle muraille au XIIe siècle longue de 6 000 mètres, enserrant tout le promontoire. Elle accorda une charte communale à la ville en 1199, et le premier beffroi d'Europe fut construit. Elle fit également des travaux au palais des comtes-ducs et construire un nouveau marché.
La route de Saint-Jacques-de-Compostelle passant par Poitiers, la ville accueille de nombreux pèlerins, qui y font halte pour vénérer les reliques de Sainte Radegonde ou de Saint Hilaire.
Au XIVe siècle, la ville échoit en apanage au troisième fils de Jean II le Bon, le duc de Berry (commanditaire des Très riches heures du duc de Berry). Il embellit le palais médiéval des comtes de Poitiers, en y aménageant notamment le donjon (dit tour Maubergeon).
Pendant les heures les plus noires de la guerre de Cent Ans, la ville accueillit le Parlement royal en 1418. C'est également à Poitiers que Jeanne d'Arc fut examinée en 1429 avant de recevoir le commandement de l'ost royal. Profitant de la faveur royale et de la présence de nombreux érudits parisiens exilés, Poitiers obtient la création d'une Université en 1431. Celle-ci compte 4 000 étudiants à la fin du XVe siècle.
Du XVIe siècle à nos jours
La ville s'assoupit peu à peu à la Renaissance, et gagne une image de ville vieillotte, aux rues tortueuses, qui n'a pas su évoluer. De fait, peu de changements ont lieu à cette époque dans le tissu urbain, à part le percement de la rue de la Tranchée, et la construction de ponts qui remplacent les anciens gués. Quelques hôtels particuliers sont construits à la Renaissance : hôtels Jean Baucé, Fumé, Berthelot, notamment.
Les poètes Joachim du Bellay et Pierre Ronsard sympathisent à l'Université de Poitiers, avant de monter à Paris. Seul esprit de valeur qu'elle ait produit après le XVIe siècle, Descartes n'en parle que pour la dénigrer.
La ville tire sa prospérité essentiellement de ses fonctions administratives : justice royale, évêché, monastères, et l'intendance de la généralité du Poitou. C'est d'ailleurs de l'intendance que viennent quelques évolutions à la fin du XVIIIe siècle : le vicomte de Blossac, intendant de 1750 à 1784, fait aménager un jardin (voir espaces verts de Poitiers) à la française. Il fait également abattre la muraille d'Aliénor d'Aquitaine et aménager des boulevards sur leur emplacement.
Au XIXe siècle, de nombreuses casernes sont construites, faisant de Poitiers une ville de garnison. La gare est construite dans les années 1850 et sera bombardée lors de la Seconde Guerre mondiale, le 13 juin 1944.
Aujourd'hui Poitiers est classée ville d'art et d'histoire et bien que la ville ait connu un déclin à l'époque moderne, elle conserve des monuments de toutes les époques. Elle compte 78 monuments classés dont les plus remarquable sont:
Le dolmen de la Pierre levée, devant lequel passa ensuite la voie romaine Poitiers-Avaricum (Bourges)-Lugdunum (Lyon) ;
Le Baptistère Saint-Jean, du IVe siècle, un des plus anciens monuments chrétiens conservés en France ou peut-être le plus ancien. Il fut bâti vers 360. Vestiges (maigres) des arènes romaines, construites au début du Ier siècle de notre ère, parmi les plus grandes de Gaule ; son grand axe mesurait 150 m, le petit 130 m ;
L'Église Sainte-Radegonde de Poitiers, qui faisait partie de l'abbaye Sainte-Croix, le premier couvent de femmes fondé en Europe par la reine Radegonde, épouse de Clotaire Ier, roi des Francs ;
L'Église Saint-Hilaire le Grand ;
L'Église Notre-Dame la Grande, romane, à la façade sculptée exceptionnellement riche ;
La Cathédrale Saint-Pierre ;
L'Église de Montierneuf ;
Les Vestiges de la muraille d'Aliénor à la Tranchée ;
Les Tours de cette même muraille dans la vallée de la Boivre (actuels établissements de la poste) ;
Les Tours du château de Jean de Berry, au confluent du Clain et de la Boivre ;
Le Palais de Justice, ancien palais des comtes de Poitiers, avec notamment la Tour Maubergeon, l'ancien donjon réaménagé à la fin du Moyen Âge ;
Les nombreuses maisons à colombages, notamment rue de la Chaîne, place du marché Notre-Dame, rue de la Regratterie, rue des Vieilles Boucheries ;
Les Hôtels particuliers de riches bourgeois : Hôtels Fumé et Berthelot (rue de la Chaîne, abritent l'actuelle Université d'Histoire et de Sciences humaines), du Puygarreau ;
La Réplique d'une statue de la Liberté, établie sur l'ancienne place du Pilori, en souvenir du général Berton qui y fut guillotiné en 1822 ;
La Statue Notre-Dame des Dunes ;
La Mairie ou Hôtel de Ville...
C'est au XIXe siècle que furent démolis de nombreux monuments poitevins : les restes imposants des arènes romaines, le beffroi médiéval, le complexe conventuel et les nombreuses églises de l'abbaye Sainte-Croix (avec notamment la percée de la rue Jean Jaurès). Ces destructions s'ajoutent à la suppression des murailles médiévales, par l'intendant de Blossac, pour permettre l'aménagement de boulevards.